vendredi 30 novembre 2007

Le sac de prof


Le voilà, le sac typique du prof qui te rappelle de bons souvenirs naphtaliniens, et encore je ne te montre pas les spécimen de certains de mes collègues qui osent la valise bordeaux siemens... ça mériterait une photo tellement c'est laid.

Pour ma part je n'ai pas succombé à ce genre de bagagerie. Avec mon 1er salaire je me suis offert ce magnifique sac (réf. 754) que j'ai tout de suite aimé d'amour.


Bizzarement je n'ai utilisé ce sac que très peu lui préférant d'autres plus colorés, plus originaux bref plus adaptés à ma matière.


Le jour où je l'ai acheté j'ai du zapper que je représentais les Arts Plastiques. Je crois que dans les yeux de la vendeuse un prof c'est toujours maths ou français et je me suis laissée séduire... ça doit être le couïr qui me fait ça.
Mis à part ce sac j'ai toujours avec moi un attirail très particulier (notamment ma trousse-coussin en feutrine rose) qui me distingue nettement de mes collègues, comme ça dès le début de l'année mes élèves me repèrent.

Cette année quand je suis allée chercher pour la première fois mes élèves, c'était une classe de 6ème, j'ai pu traduire -de loin- ce qu'ils se disaient entre eux, à leur tête c'était facilement devinable:

-non tu crois que c'est
elle?

-han trop bien on a du bol que ce soit
une jeune, t'as vu celle avec qui elle parle?

-comment qu'elle est trop vieille elle!!
-et trop mal habillée aussi! (ça je l'ai entendu en montant les escaliers, véridique)


Ah je l'aime déjà d'amour cette 6ème G. J'ai décidé tout de suite de les appeler les 6ème Gogolles même si j'aurai pu les appeler les 6ème Gentils, mais c'est moins marrant et trop bisounours à mon goût.

Bon allez encore 18 autres classes à découvrir, donc 18 listes de classes à recopier ce qui fait quelques 600 élèves plus ou moins à écrire dans mon cahier. Heureusement que j'adore écrire, je préfère ça aux listes tapées sur l'ordi, comme ça je me familiarise déjà avec les noms et je peux pouffer en décryptant les prénoms.
D'ailleurs cette année j'ai comptabilisé mes "Kévin" j'en ai 17, bordel je vais en avoir des choses à raconter car en général ce prénom est plein de promesses...

mercredi 28 novembre 2007

Bouille tu es, bouille tu resteras !



Quand tu décroches ce putain de concours qu'est le capes, tu planes. Je tiens à te préciser que j'ai du être dans les 100 premiers sur + de 3000 glandus pour l'avoir ce job, ce qui explique l'état d'euphorie permanente de mai à août où j'ai cartonné mon forfait en appelant tous mes amis, même ceux du primaire, pour leur dire que j'allais passer du côté obscure.

Donc tu planes tel Icare mais tu t'éclates pas le faciès, enfin pas encore. Tu nages tellement dans tes rêves que t'en oublierai presque la rentrée enfin la pré-rentrée du coup. Ce jour mystérieux où subitement tu vas essayer de devenir un adulte à responsabilité réduite.

Et ça tu vois pas que je ne l'ai réalisé que le dimanche soir, veille de pré-rentrée.
Cette fois ci pas la peine de pleurnicher auprès des parents que tu veux pas aller à l'école demain ou que ton mal de ventre scotcherai un éléphant au sol, surtout que t'as du déménager de ta tendre région provinciale et que pôpa & môman sont encore à des kilomètres.

Adieu la vie étudiante, bonjour tristesse. Voilà à quoi je pensais avant de quitter ma douce et non natale Alsace.

Mais pourquoi je te le demande?
Cette détresse, parfaitement ne rigole pas, a été initié par un ami qu'on va appeler F. qui a passé ce même concours mais lui dans le privé. L'unique raison de ce revirement de situation n'est pas, comme je le croyais une soudaine addiction pour le crucifix, non non c'était uniquement pour ne pas changer de région. F. m'avait bien dit "si c'est pour me retrouver dans une cage à lapin en banlieue parisienne jpréfère rester ici et bouffer ma choucroute au winstub ad vitam eternam!". Moi jme voyais déjà en haut de l'affiche? mais nan de ma tour (faut suivre bordel), seule face à mon avenir.

Je te passe l'épisode du déménagement larmoyant dans une camionnette de Charcuterie vosgienne et l'arrivée sur Paris dans mon appartement que je trouvais (à l'époque) minuscule vu l'endroit où j'ai vécu pendant 5 ans. Maintenant ça j'évite de le dire pour pas me faire tataner la tronche.

On retourne au dimanche veille de pré-rentrée où la monomaniaque d'antant a sévi:



  • stylo rouge (quel intérêt pour la pré-rentrée si tu trouves dis le moi) --> ok

  • stabilos multicolores (pour bien montrer que je maîtrise la couleur) --> ok

  • trousse de prof d'art pla (prise souvent pour un coussin par mes élèves) --> ok

  • agenda bariolé post-itisé et graffitisé à mort (pour me rappeler la fac) --> ok

  • paire de lunettes sérieuses (pour donner l'illusion d'une matière sérieuse) --> ok

  • et bien sûr l'inévitable sac de prof qui fera l'objet d'un article --> ok

Tous les éléments étaient là pour me rassurer, tout allait bien aller. Demain je vais assister à ma 1st pré-rentrée et je vais ressembler à une adulte. Si tu ne comprends pas mon inquiétude face à mon adulescence naissante c'est que tu ne m'as pas encore vu: j'ai une tronche de gamine (confirmée par elle) avec bouille collégiale intégrée le tout rattaché à un corps qui n'a pas bougé d'un millimère depuis le collège.


Tu vois le drame?! oui tu le vois.


C'est donc juchée sur mes échasses et faussement habillée à la cool que j'ai découvert mon 1er lieu de torture. Alors que mes pieds subissaient les joies des talons et de la féminité, je suivais des flèches indiquant le lieu de réunion.


1er constat: putin ils ont tous des tongs, jvais passer pour un cul serré avec mon sac texier en couïr et mes chaussures de morue. ( copyright Sonia)


2ème constat: Mais personne n'écoute la Principale, ils sont pire que les mômes jcrois bien. Han mais ils parlent de leurs vacances en comparant leur taux de crémation estivale!


3ème constat: Putin jvais mfaire chier avec eux... pis personne vient me parler! Accessoirement je dois arrêter de dire putin, faut m'entraîner à parler distinctement vu ma future mission.


...


Et c'est là que j'ai entendu:



Je vous présente Madame Emi stagiaire d'Arts Plastiques...


...sourire timide et hop je me rescotche sur ma chaise, ma seule alliée.



Je passe les "ils sont comment les élèves ici? c'est des fauves ou des bisounours?" et les "koââ y'a pas de cafetière? Ah y'a une machine à café wé mais faut taxer wé.... Koâ (non ce n'est pas le coâssement d'un crapeau ou le croâssement d'un corbeau jconfonds toujours bordel) faut taxer 0,55 cents !!! "




Après ce basculement violent de l'autre côté, celui où on peut coller qui l'on veut (wouhouuu), j'ai re-appelé tous mes amis, voui et encore ceux du primaire, oui je suis quelqu'un qui a besoin de ses fondations scolaires pour survivre, et je leur ai demandé fébrilement:





"Tu crois que ça existe les tongs à talons?"



mardi 27 novembre 2007

Bastien, le comique des 3ème Abrutis

Parfois mes élèves me font peur.
Cette peur est justifée sache le.

Rien à voir avec la peur qu'ils me posent une question où je n'aurai pas de réponse à fournir.
Rien à voir non plus avec la peur de m'en prendre une par Bastien, gorille d'1m85 agressif comme un pitbull dégouliant dont le seul aspect angélique réside dans sa mèche jaunâtre gelée dans le pot de studio line.

Non non ce qui me sctoche c'est tout simplement leur connerie.
Parfois j'en rigole, attends je veux bien détendre mes zygomatiques dans la journée.

Mais à d'autres moments je me précipite sur le "cahier des perles" (qui fera l'objet d'un prochain billet) et j'écris la perle, son auteur, la date et l'heure.

Pas plus tard qu'hier, j'observe ce même Bastien, un 3ème faisant parti de la troupe des 3ème Abrutis, un glandu plein d'assurance et adepte du t-shirt rose pute. En m'approchant du phénomène je découvre que ce glandu avait presque fini son boulot!

Diantre, je n'ai plus de coloriage infernal pour l'occuper que je me suis dit.

Je lui propose donc de continuer sa recherche pour le projet artistique et là le drame se produisit.

Bastien, il faut que tu t'avances hein (sous-entendu dans son travail)
Et là ce beubeu prend sa chaise et s'avance contre la table, très sérieusement, et replonge dans son travail.

Je ferme les yeux quelques secondes, prend une longue respiration puis je le fixe et précise ma demande:
Bastien c'est ton travail qui doit avancer, pas ta chaise.
...


Il a levé la truffe de son cahier et m'a lancé un regard vide de bovin, pardon pour eux.
Et là j'ai pu visualiser sur son visage le cheminement de sa pensée, le regard est trahissant jvous dis.
Je l'ai donc fixé jusqu'à ce qu'il dise:

"ahhhh! mais j'avais compris hé jsuis un comique m'dame!"




En retournant à mon bureau j'ai eu un flash, j'ai sorti mon agenda et j'ai écris en rouge "parler du potentiel comique de Bastien ce soir pour son conseil de classe afin de faire oublier -le temps d'une minute- sa moyenne catastrophique en maths".

samedi 24 novembre 2007

Rêverie monstrueuse


Ensemble de 4 toiles.

Une de 100x130cm et 3 autres de 20x30cm qui composent une predelle. Techniques mixtes, 2004.

vendredi 23 novembre 2007

Anticiper pour mieux couper l'herbe sous le pied

Quand je ramasse un travail je précise toujours qu'il faut écrire NPC au dos du travail.
NPC késako tu vas me dire? jte le donne en mille

--> Nom Prénom Classe

J'ai beau le répéter sans cesse et rajouter:


Si y'a pas NPC au dos du travail c'est 3 points en moins.
Si y'a que le nom ou le prénom et pas le reste, pareil 3 points en moins.
Si y'a que les initiales même sanction, tu crois pas que jvais fouiner dans mes 600 élèves pour savoir qui est ce "A.L" ?
Pareil pour les ptits marrants qui m'écrivent " le bogoss de la 4ème5", moi j'en vois pas donc même sanction pour les pseudos je suis votre professeur pas votre pote.



J'écris même au tableau en rouge "Ne pas oublier NPC", tu vas me dire que je prends mes élèves pour des buses, c'est que je suis prévoyante et plus j'avance dans le temps plus je me rends compte qu'être prof c'est prévoir les réactions des mômes, les anticiper pour mieux leur couper l'herbe sous le pied.

Et bien même avec cet anarchement y'a toujours un belou pour zapper NPC.
A chaque correction je cherche bien dans tous les recoins que y'a rien de rien et là j'écris de ma plus belle écriture " NPC? - 3 points".
En général je m'arrange pour que la note soit sous la moyenne. C'est cruel? non comme ça ils ont encore plus la rage et sont doublement marqués au fer rouge. Le jour du brevet ou du bac si y'a pas NPC les correcteurs ils corrigent pas donc encore une fois j'anticipe, enfin d'ici à ce qu'ils aillent jusqu'au bac celà va de soit.



J'anticipe oui mais la semaine dernière un élève m'a scotché par sa remarque, et là jamais j'aurai pu la prévoir:


Madame moi j'ai bien mis NPC au dos du travail.
Oui Fabien c'est bien tu apprends vite.
Nan mais Madâââââme je comprends pas. Kévin il a eu 3 points en moins sur sa note finale parce qu'il avait oublié NPC, et moi je l'ai mis, pourquoi que j'ai pas 3 points en + alors???!!!
... euh tu es sérieux là?

.... oui il est sérieux.

MAIS PARCE QUE C'EST NORMAL DE METTRE NPC AU DOS DU TRAVAIL BORDEL.

que j'ai dis les yeux tout écarquillés en faisant des moulinets avec les bras (copyright Sonia).


ps: oui je sais pas bien linker jsuis couille chatain et pas châtaigne hein...

Edit: merci Fressine pour cette leçon de linkage! :)

mercredi 21 novembre 2007

Laïtika ou comment une minipouce de 10 ans te redonne le sourire...

Mardi matin 8h30.
Ma classe de 4ème d'insertion débarque, ils ne sont que 13. Imaginez 26 pieds qui traînent et font crisser leurs baskets à roulette sur le sol. Doux bruit matinal.

Tout se passe normalement jusqu'à ce que Kévin (prénom qui fera l'objet d'un billet prochainement, ici aussi y'a du teaser) louisvuittonisé à mort refuse de se mettre au travail.
En ce début d'année ne connaissant pas encore le trublion je persiste, prends le carnet et me lance dans la rédaction d'un mot pour les parents. Bon.

Plus tard dans l'heure je vois Kévin affalé sur la table tel un poivrot accroché à son bar, la tête dans les bras limite en train de ronfler. Bon soit.

Je croise à la récréation la prof principal de Kévin et j'exlique ce qu'il s'est passé et là elle me parle du contexte familial et du quotat de sommeil de ce gamin, bref il se traîne pas des casseroles mais tout le catalogue ikéa cuisine.

...


La journée passe et arrive une de mes classes de 6ème que je vais chercher dans la cour, les 6ème Merveilleux que je les appelle. Bon dieu que je les love ceux là.
On arrive devant la porte, je répète tel un bon perroquet "Et mon mètre 50 vital où qu'il est?" oui parce que tu sauras que j'ai besoin d'1,50m entre la porte de ma salle et le rang des élèves, histoire de me laisser passer et d'ouvrir la porte.

Là une minipouce à frange me dit:

Madââââââme vous êtes jolie aujourd'hui!
Merci mais ça veut dire que le reste du temps je suis moche?
Mais noooon vous êtes toujours jolie et j'adore vos boucles d'oreille cerise!


J'ai esquissé un sourire (non j'exagère pas), même que j'ai pas pu le déscotcher pendant de longues minutes.

On rentre dans la salle, ils restent debouts.

Je me suis retournée vers le tableau, j'ai éclairci ma voix et j'ai demandé en prenant ma grosse voix "où qu'il est le cahier de texte? Robin c'est toi le responsable du cahier c'est quoi ce boulot?!"

vendredi 16 novembre 2007

B. ou comment on t'agresse dès le matin.

**3ème jour de grève**

Levée 4h du matin.
Arrivée au collège 8h.
1er cours et ça détonne déjà.

Madame on a pas nos affaires, on pensait qu'avec la grève ce serait comme hier pis avant hier...donc on a rien.
Vous pensez mal donnez moi vos carnets.
Mais c'est pas juste à la tv ils disaient que [...] Mais tout ça c'est la faute à Sarkozizi hein et d'abord si il avait pas un ptit zizi sa femme l'aurait jamais quitté. (Lucides les mômes)
Hein quoi bordel en 5ème ils me parlent du zizi de Sarkozy et de son divorce à 8h30, pire qu'un bistro avec ses comérages cette classe!

Après un début en fanfare vlatipa que B. a gardé la panoplie complète du cosmonaute à savoir sa veste, ses moufles et son bonnet made in crochet on him.

B. enlève moi ça tout de suite, t'es pas en récré là.
Mais j'ai froid Mdame. (moi aussi moi aussi j'ai froid que j'ai entendu aux 4 coins de la classe)
Le chauffage est à fond bordel et tu le sais très bien qu'en cours on enlève son manteau point barre.

Là 3 autres pouffettes enlèvent difficilement leurs macro-blousons en beuglant "froiiiiid". Jme croyais limite dans la pub kiss cool.

En hiver il faut s'habiller chaudement, les pulls vous savez ça existe.
Oui mais c'est pas fachon (=fashion) les pulls!

Les 3 pouffettes avaient toutes des débardeurs spaghettis avec de superbes slogans "100% blonde", "Je m'aime" et autres pouffiesqueries.

Là je vois que B. a gardé ses mouffles, tu crois qu' il avait oublié que c'était peinture today ? j'ai rien dit et il s'est rendu compte par lui-même, au bout d'un temps très long aussi, que peut-être que la peinture sur ses gants niktout c'est pas hype.

10 minutes avant la fin du cours, alors que les joies de la peinture gagnaient mes élèves et que je me transformais progressivement en adjudent chef, je remarque que B écrit sur une feuille.

Tiens tiens un exercice de mathématiques. ( hop je lui arrache la feuille)
Woo rendez-moi ça c'est pas à vous!
A la fin de l'heure, fais ton travail d'arts plastiques maintenant.

Là il se lève -violemment- fait tomber sa chaise et remballe ses affaires en beuglant "Jme barre". Et là les 3h de sommeil de la nuit ont eu raison de moi.

Tu resteras ici jusqu'à la fin de l'heure, je ne te ferai pas ce plaisir de te renvoyer tu sais.

Et je l'ai ignoré.
B se lève, déchire son travail et reste debout. Je vais voir les autres élèves, parle avec eux de leurs travaux tout en continuant de zapper B.
B se met enfin assis, après avoir vidé entièrement le contenu de son sac dans ma poubelle "R2D2".

5 minutes + tard je le vois écrire sur un cahier, là le temps monte et B. me balance:

Vazy casse toi!
Quoi? mais tu me parles à moi sacré ptit merdeux?? Tu vas devoir changer de ton et ne crois pas que c'est fini. Même sans carnet je ne t'oublierai pas et on va régler ça chez le principal.
ça c'est ce que j'aurai répondu avant, là je l'ai toisé et j'ai répondu, " très bien" et jsuis retournée à mon bureau où j'ai commencé un rapport.

Mais j'ai pas pu m'empêcher de rajouter : Mais tu sais la prochaine fois ne viens pas ici, personne ne t'oblige. Tout le monde y gagnera, crois-moi!

La sonnerie retentit, B. qui avait le feu au cul depuis 10 minutes range encore ses affaires (alors que tout était déjà dans le sac va comprendre les momes) prends son temps et sort le dernier de la salle en récupérant son exercice de Maths.
Là il se rend compte que sur l'exercice, j'ai joliment graffitisé une remarque "fais ses maths en arts plastiques" le tout daté et signé.

J'ai regardé la blanche campagnarde givrée (moment de pure poésie) à travers ma baie vitrée, j'ai entendu courir les fous furieux du cours suivant. Je me suis dirigée le pas lourd vers la porte en hurlant "pas bientôt fini cbordel hé".